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Philon d’Alexandrie : propriétés des NOMBRES

Philon d’Alexandrie est un exemple merveilleux de la symbiose entre judaïsme et hellénisme (qui est, au fond, le christianisme) dont je parlais récemment, et qu’évoque Emil Bock dans « Césars et apôtres ».

Sur le web on ne trouve ses oeuvres qu’en traduction anglaise :

http://www.earlyjewishwritings.com/philo.html

http://www.torreys.org/bible/philopag.html

http://www.earlychristianwritings.com/yonge/

http://archive.org/details/worksofphilojuda01yonguoft

mais le site francophone Remacle contient un fragement témoignant de cette antique « science qualitative » des nombres dont parle Rudolf Steiner et que je me risquais sur d’autres blogs à appeler « Arithmosophie » :

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/philon/nombre.htm

la motivation première de Philon est évidemment d’exégèse biblique, et part des six « jours » de la création au livre I de Genèse-Bereschit :

« Le nombre est intimement uni à l’ordre, et, parmi les nombres, le six est le type de la génération d’après les lois naturelles. En effet, après l’unité, il est le premier nombre parfait,étant égal à la somme de toutes ses parties et composé du trois, qui en est la moitié, du deux, qui en est le tiers, et de l’unité, qui en est le sixième (3 + 2 + 1 = 6/2·+ 6/3 + 6/6 = 6). En outre, il est, pour ainsi dire, d’une nature hermaphrodite et doué de la puissance de l’un et l’autre sexe ; car, parmi les nombres, l’impair, (ou surabondant) représente le mâle, et le pair, la femelle; or, le premier des nombres impairs est le trois, le premier des nombres pairs est le deux, le produit de l’un par l’autre est le six. Il convenait donc que l’univers, qui est la plus parfaite des choses créées, fût achevé sur le type du nombre parfait, qui est le six. Et comme, dans l’avenir, « le monde » devait être soumis à la loi de la génération de toutes choses par l’accouplement des sexes, il devait porter l’empreinte du premier nombre composé, impairement pair, formé par l’union du mâle (3), qui procrée, et de la femelle (2), qui conçoit. »

oui, un nombre tout à fait remarquable, ce 6 qui est celui du « numéro 6 » dans le feuilleton « Le prisonnier » qui annonçait la mondialisation ahrimanienne dès les années 60, et prévenait que l’opposition USA-URSS (ou « monde libre » contre « monde communiste ») n’était…que du vent !

une autre propriété extraordinaire du 6 est celle du « problème des 36 officiers » posé (et résolu) par Euler.

Supposez que vous ayiez , pour n =2,3,4,5,6,7,etc..un nombre carré n^2 (donc : 4,9,16,25,36,49, etc..) d’officiers appartenant à n régiments différents et à n grades différents; vous avez donc un officier et un seul pour chaque coupe (régiment, grade), exemple : un seul lieutenant pour Toulon, un seul capitaine pour Bordeaux, etc….ou encore : n capitaines répartis en n régiments, et idem pour les (n- 1) autres grades.

Vous voudriez ranger ces officiers en un carré de n lignes et n colonnes, mais de façon qu’en chaque ligne et chaque colonne il n’y ait qu’un seul officier de chaque grade et un seul officier de chaque régiment.

Un tel carré est appelé en algèbre combinatoire : carré gréco-latin.

Eh bien il est possible de ranger ainsi les n^2 officiers sauf si :

n = 2 ou n = 6

pour n = 2 c’est immédiat à voir: supposez que les grades soient lieutenant et capitaine, et les régiments soient Paris et Toulouse, vous avez donc pour Paris un lieutenant et un capitaine , et idem pour Toulouse.

Vous commencez par exemple par le lieutenant de Paris, sur sa ligne il doit y avoir un capitaine (pas deux officiers de même grade alignés) et qui ne soit pas de Paris, donc ce doit forcément être le capitaine de Toulouse.

Oui mais sur sa colonne le même raisonnement montre qu’il ne peut y avoir que le capitaine de Toulouse, or il est déjà pris pour la ligne..

donc impossibilité !

pour 6 c’est bien plus complexe, il existe plusieurs démonstrations, très difficiles (très difficiles à élaborer, ainsi qu’à lire et comprendre)!

donc vous pouvez ranger 9, 16, 25, 49, 64, 81, 100 ,etc… officiers en carré gréco-latin, mais pas 4 ni 36 !

mais revenons sur la propriété de 6 d’être le premier nombre parfait, c’est à dire à la fois somme et produit de ses diviseurs (autres que lui même) : les diviseurs de 6 sont :

1, 2 et 3

et :

6 = 1 + 2 + 3 = 1 x 2 x 3

les nombres parfaits suivants sont :

28 , 496, 8128,…

on ignore s’il existe des nombres parfaits impairs ; par contre on a déterminé depuis l’antiquité la forme que doivent avoir les nombres parfaits pais, qui sont en nombre infini :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_parfait

« Dans le Livre IX de ses Éléments, le mathématicien Euclide, au IIIe siècle av. J.-C., a prouvé que si M=2^p-1\, est premier, alors \frac{ M \cdot \left (M+1 \right )}{2} = 2^{p-1}(2^p - 1) est parfait.

Ainsi :

  • 6 = 2^1(2^2-1)
  • 28 = 2^2(2^3-1)
  • 496 = 2^4(2^5-1)
  • 8128 = 2^6(2^7-1)

Par ailleurs, Leonhard Euler, au XVIIIe siècle, a prouvé que tout nombre parfait pair est de la forme proposée par Euclide. La recherche de nombres parfaits pairs est donc liée à celle des nombres premiers de Mersenne (nombres premiers de la forme 2p − 1). »

ce statut « spécial » du nombre 6 n’est il pas lié au fait que ses diviseurs sont les trois premiers nombres entiers, et , selon certains, les trois premiers « nombres premiers » ?

depuis un siècle le nombre 1 n’est plus considéré comme un nombre premier, pour une raison liée au théorème fondamental d’unicité de la décomposition des entiers en facteurs premiers, des mathématiques modernes donc…

cependant il existe aussi des arguments pour considérer que 1 et premier, voir :

http://primefan.tripod.com/Prime1ProCon.html

et surtout les arguments, d’ordre « biblique » et non pas « arithmétique » de :

http://www.fivedoves.com/revdrnatch/Does_God_think_1_is_prime.htm

en tout cas, si 1 , 2 et 3 sont considérés comme nombres premiers, ce sont des nombres premiers tout à fait extraordinaires, puisqu’ils ne sont séparés que de 1 , et cela n’arrive plus jamais après.

De plus 2 et 3 sont les seuls nombres tels qu’il existe des puissances de ces nombres qui ne soient séparées que de 1, et cela aarive justement pour les puissances 2 et 3 :

3^2 – 2 ^3 = 9 – 8 = 1

en même temps bien sûr que :

3 – 2 = 1

C’est là le théorème de Catalan, qui n’a été démontré que tout récemment,  en 2002, après le théorème de Fermat (en 1994):

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_de_Catalan

Selon le grand ésotériste Lacuria (l’abbé Lacuria)  dans « Les harmonies de l’être exprimées par les nombres », lisible en entier sur le web , les nombres 1 , 2 et 3 ne sont rien d’autre que la Sainte Trinité :

http://leserpentvert.wordpress.com/2010/02/04/lacuria-les-harmonies-de-letre/

http://leserpentvert.wordpress.com/2010/02/09/les-nombres-et-la-mathesis-universalis/

le livre de Lacuria est ici (2 tomes) :

http://mathesisuniversalis.over-blog.com/article-lacuria-les-harmonies-de-l-etre-tome-1-1847-76169323.html

http://mathesisuniversalis.over-blog.com/article-lacuria-les-harmonies-de-l-etre-tome-2-1847-76169874.html

et il y a aussi une édition de 1899 :

http://mathesisuniversalis.over-blog.com/article-lacuria-les-harmonies-de-l-etre-tome-1-1899-76170322.html

http://mathesisuniversalis.over-blog.com/article-lacuria-les-harmonies-de-l-etre-tome-2-1899-76170588.html

(les deux éditions sont aussi sur Gallica, d’où je les ai recopiées)

1 est le Père, ou en termes métaphysiques (grecs) : l’UN

2 est le Fils, le Christ-Logos, ou Verbe: il correspond à la discrimination , donc à la possibilité de distinguer « plusieurs » ; sans le Verbe, donc, pas de science, pas de connaissance, pas de conscience

il est donc prouvé métaphysiquement que l’Islam a tort, qui ne veut connaître que le 1, et pour lequel le Christ est un être « créé » :

http://www.jesussonofjohn.com/

Le Fils, le Verbe , est « auprès de Dieu  » (du Père, du UN) dans la Trinité, ce que prouve la possibilité de la science.

Le 3 est l’Esprit, retour de la multiplicité à l’unité.

La longue aventure de 4 siècles de la science moderne occidentale correspond à la science « objective » newtonienne, qui « sépare » l’unité primordiale de l’apparaître en phénomènes dits « objectifs ».

Cette aventure se clôt avec l’émergence de la mécanique quantique, dont les « paradoxes » révèlent que l’objectivité « distantiatrice » atteint ses limites.

Comme le dit le philosophe des sciences Michel Bitbol :

« il est vrai que, loin du voeu de passivité contemplative de Goethe, la physique quantique a prolongé et amplifié l’interventionnisme expérimental de la physique classique; mais, sauf à s’accomoder de la permanence de ses paradoxes, elle ne peut plus traiter l’expérimentation comme activité d’un sujet sur une nature pré-objectivée »

Bitbol oppose, comme Steiner, les deux physiques (classique et goethéenne-quantique) en prenant l’exemple particulièrement révélateur de la théorie des couleurs de Newton et de celle de Goethe :

« l’une, celle de Newton et de la physique classique, est distantiatrice, et l’autre, celle de Goethe, est participative. Dans l’une, l’observateur ne fait que contempler un phénomène qui se constitue indépendamment de lui, dans l’autre il est impliqué dans sa constitution….

Heisenberg fait retour vers Goethe parce qu’il a le sentiment que la démarche distantiatrice des premiers pas de la physique n’est pas universalisable… parvenu à sa pointe extrême, remarque Heisenberg, le projet séparateur s’est heurté à ses propres limites »

Il s’y est heurté dans la mécanique quantique, l’apparition de paradoxes en est la preuve…

mais avant 1925 (date où les débats philosophiques sur la physique quantique commencent) Rudolf Steiner avait déjà opté pour le dépassement de la science moderne (née au début de l’ère de l’âme de conscience, chez Nicolas de Cuse) vers la science goethéenne.

Il avait , dans « Les limites de la connaissance de la Nature », fait aussi appel à l’image d’un dépassement , à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur, du miroir de la connaissance sensible et de la « tapisserie » des phénomènes

Michel Bitbol quant à lui compare les physiciens « classiques » (newtonniens) cherchant les « causes cachées d’ordre mathématique des phénomènes, à des enfants qui passent « derrière le miroir » pour essayer d’empoigner ce que celui ci donne à voir.

Seulement Steiner ne dit pas de « passer derrière un miroir » (image matérialiste) : il annonce de nouveaux modes de connaissance, acquis par la pratique méditative (dont parle aussi Bitbol à propos de la démarche spirituelle du physicien Arthur Zajonc)

Bitbol : « tout ce qu’il y a à faire selon Goethe, à rebours de cette pulsion stérile, est de répertorier les phénomènes , de les lier à travers l’un d’entre eux qualifié d’Urphänomen , et de s’inscrire pleinment dans cet apparaître riche de tant de possibilités de transformations »

C’est aussi ce que dit Brunschvicg, pourtant très loin du « poète » Goethe , sur la nature relationnelle de la science, qu’il donne à voir dans la théorie de la relativité d’Einstein.

Brunschvicg, mort en 194, et en fuite dès 1940, n’a pas eu le temps hélas d’explorer les arcanes philosophiques de la physique quantique; de plus il me semble que le cadre mathématique pour cette science relationnelle (Brunschvicg) ou phénoménologique (Goethe) serait la théorie des catégories, née en 1945 (années apocalyptique s’il en fût !).

L »Urphänomen de goethe serait tout simplement un objet initial dans une certaine catégorie de « phénomènes ».

La possibilité de la science distantiatrice réside dans le 2, le Verbe rendant possible la discrimination, donc l’intelligibilité, la conscience libre et la soi-conscience; celle de la science « impliquée » (cf David Böhm et son « ordre impliqué ») réside dans le 3, le Saint Esprit.

L’évolution de la science depuis 1413 prouve donc la vérité du christianisme trinitaire et la fausseté de l’Islam (où « Dieu seul voit la fourmi noire sur une pierre noire sur la terre noire dans la nuit noire »); la possibilité du dépassement de la science « séparatrice » et donc de l’emprise technologique , visible dans la seule résolution possible des paradoxes quantiques, prouve la vérité de l’ anthroposophie, forme scientifique du christianisme, et annonçant la science goethéenne et le dépassement du matérialisme objectiviste et méthodologique de la science classique

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les recherches en géométrie projective inspirées de Rudolf Steiner

le livre à lire de Rudolf Steiner sur les « mathématiques et la réalité » est « La quatrième dimension » paru en traduction française aux éditions Triades, un résumé en anglais est ici :

http://www.science.anth.org.uk/archetype/arch01bk.pdf

en termes modernes, une géométrie se décrit au moyen d’un groupe de transformations et de ses « invariants ».

http://www.cis.upenn.edu/~cis610/geombchap6.pdf

une structure euclidienne permet d’appréhender, au moyen d’un norme dite euclidienne, les notions d’ordre métrique, distance et angle; la géométrie euclidienne, celle de notre espace « de tous les jours », est l’étude des transformations conservant les structures euclidiennes.

En somme, cette géométrie a eu un succès aussi prodigieux parce qu’elle permet de traiter la mesure et ce qui est mesurable, donc est nécessaire pour la physique, et d’abord pour la plus simple, comme celle de l’arpentage.

Elle a été complétée au 19 ème siècle par les géométries dites non-euclidiennes, riemanniennes ou lobatchevskiennes.

La géométrie de l’espace-temps de Minkowski , à 4 dimensions dont une de temps, est dite pseudo-euclidienne: c’est la géométrie de la théorie de la relativité restreinte.

En somme, ce qu’il faut retenir, c’est que la science moderne, la physique, newtonienne ou einsteinienne, traite de ce qui peut être mesuré, par des nombres donc, entiers, puis entiers relatifs (par soustraction) puis rationnels (fractions d’entiers, par division)), et enfin réels (par passage à la limite) ; viennent s’y adjoindre ensuite les nombres complexes (permettant souvent des écritures élégantes), les quaternions, et les nombres p-adiques.

Mais ceci n’a en somme , en dehors du champ purement mathématique, qu’un caractère formel : décrire et prévoir les résultats de mesures; cette physique, contrairement à ses prétentions, n’a pas de caractère vraiment explicatif.

Les « invariants » de la géométrie projective sont la collinéarité (des points alignés sont transformés en point alignés) et une quantité que l’on appelle le « cross-ratio » :

http://en.wikipedia.org/wiki/Cross-ratio

Un chapitre important en est la dualité et la polarité, qu’elle partage avec la moderne théorie des catégories (qui est omniprésente dans les expositions dites « modernes » ).

La dualité consiste à transformer les points en droites et les droites en points, tout en respectant l’incidence, voir  :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dualit%C3%A9_(g%C3%A9om%C3%A9trie_projective)

http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9om%C3%A9trie_projective

http://www.britannica.com/EBchecked/topic/478486/projective-geometry

ainsi, comme en théorie des catégories, il suffira de démontrer un théorème, et le théorème dit « dual » sera automatiquement démontré, un exemple célèbre étant le théorème de Pascal et son dual le théorème de Brianchon :

http://serge.mehl.free.fr/chrono/Brianchon.html

Les bases pour étudier les travaux de Nick Thomas, qui visent à rien de moins qu’à rénover complètement la physique , sont sur son site :

http://www.nct.anth.org.uk/

où l’on trouve notamment un commentaire de la « quatrième dimension » de Rudolf Steiner :

http://www.science.anth.org.uk/archetype/arch01bk.pdf

Voici le schéma fondamental des recherches de Nick Thomas :

il ne se limite plus à l’espace « externe », qui est celui de la physique (où il peut être abordé mathématiquement selon les géométries euclidiennes, minkowkiennes, riemanniennes, ou autres), mais distingue aussi un « contrespace » (counterspace) ou « espace négatif » qui a été découvert par l’investigation spirituelle de Steiner. Ce contrespace pourrait être appelé « internel », tout y est « inversé » par rapport à l’espace : l’infini y devient un point « infiniment intérieur »

Ce contrespace est, en géométrie projective,  en relation de polarité avec l’espace , ce qui s’exprime par des relations algébriques très précises, et permet des calculs qui ne le cèdent en rien en rigueur mathématique à ceux de la relativité générale ou de la mécanique quantique.

Mais cette « nouvelle physique » échappe aux deux grands travers de la physique actuelle :

– le temps géométrisé et devenu une « dimension » , ce qui a provoqué les critiques bien connues de Bergson et Heidegger auxquelles il n’a jamais été, à mon sens, répondu de manière satisfaisante : le temps est de l’ordre de l’esprit, il ne saurait s’évaluer de manière « calculatoire » à la manière de l’espace…ou alors pour les pointeuses en usine, instrument par excellence d’Ahriman..

-l e manque d’intelligibilité en mécanique quantique, pointé avec humour par Richard Feynman :

 « si vous avez compris quelque chose à la physique quantique, c’est que vous n’avez rien compris » 

parallèlement, on ne peut que noter l’incroyable efficacité de prévision de résultats de mesures de ces deux physiques , relativité générale et quantique, respectivement à l’échelon du macrocosme et du micro , de l’infiniment petit. Beaucoup de nos intruments modernes sont basés là dessus, les GPS par exemple, ce qui constitue une vérification quotidienne qui ne saurait être remise en cause.

Mais…

le sens de l’existence humaine est il mesurable ?

ne se situe t’il pas plutôt dans cet « espace internel« , déouvert par le pionnier Rudolf Steiner, et qui ne risque pas, comme le Far West, d’être un jour envahi par les racailles et autres tenanciers de bistrots…

il m’évoque ce magnifique poème de Rilke :

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/rainer_maria_rilke/dis_moi_rose_d_ou_vient.html

« Dis-moi, rose, d’où vient
qu’en toi-même enclose,
ta lente essence impose
à cet espace en prose
tous ces transports aériens ?

Combien de fois cet air
prétend que les choses le trouent,
ou, avec une moue,
il se montre amer.
Tandis qu’autour de ta chair,
rose, il fait la roue. »

 

 

ce ne doit pas être le même Proust

Cela fait longtemps que j’ai lu, d’une traite et in extenso, la « Recherche du temps perdu », cela remonte à la fin de mes années d’étudiant, dans cette zone indécise et « brouillée » qui précède l’entrée dans la vie dite « active » (c’est à dire où l’on ne fait rien, comme le dit le beau poème de Pierre Emmanuel dans « Jacob » : « je travaille je ne fais rien je fais mes quarante heures »)

et juste après j’ai lu « La montagne magique« , que je place bien au dessus; les deux oeuvres portent sur le Temps, mais Proust ne peut s’élever au dessus d’une conception « mondaine » pour accéder à une compréhension « hermétique » et spirituelle qui est celle de Thomas Mann .

Or voici qu’il y a quelques jours je me laisse aller à regarder, sur Arte, le téléfilm réalisé par Nina Companeez et adaptant la Recherche

Nina Companeez est une excellente réalisatrice, mais pourquoi a t’il fallu qu’elle cède aux tendances de l’esprit du temps, avec cet accent exclusif donné à l’homosexualité , et notamment aux scènes de lesbianisme, en particulier dans l’épisode 2 ?

bien entendu je ne veux certainement pas nier que cet aspect soit présent dans l’oeuvre de Proust, surtout avec l’entrée en scène du baron de Charlus… mais en regardant la partie 2 du téléfilm, et si l’on n’a pas lu le livre, on a vraiment l’impression qu’il s’agit du thème principal !

or celui ci est le Temps, et l’accès « platonicien » (par l’art, selon Proust) à une « vision » qui en quelque sorte transcenderait le temporel pour arriver au « Présent éternel » dont parle Brunschvicg (qui était un ami de Proust).

C’est un lieu commun de faire remarquer l’influence de la théorie de la relativité d’Einstein sur Proust, qui avait été très impressionné par les « résultats » de la relativité restreinte, celle de 1905; seulement de son propre aveu il n’avait aucune connaissance mathématique, et il avait sans doute dû se contenter d’en rester aux niveaux « vulgarisés ».

http://www.fabula.org/revue/document688.php

http://fr.wikisource.org/wiki/Page:NRF_19.djvu/253

http://www.liceoberard.org/public/classi/5dchb/dossier%20proust%205D.pdf

Je n’ai pas le texte sous les yeux, mais il est évident que certaines descriptions de la fin, où le narrateur vieillissant retrouve les principaux protagonistes dans un « salon mondain », après guerre, et les voit comme « montés sur des sortes d’échasse » qui en font des sortes de « géants », ces sortes d’image donc sont une adaptation des notions de ligne et volume d’univers dans la relativité.

Les personnages apparaissent comme des « géants » en hauteur parce que la « hauteur » des échasses correspond à la dimension temporelle dans l’espace temps de Minkowski qui est celui de la relativité restreinte , et que compte tenu du facteur multiplicatif c (c = vitesse de la lumière) l’ordre de grandeur de cette « dimension » est très grand par rapport à celui des trois autres dimensions, celles d’espace…

seulement cette image est…fausse !

car c’est oublier que nous nous trouvons, mathématiquement, dans un espace minkowskien, « pseudo-euclidien » et non pas euclidien, et que le facteur t du temps doit être multiplié non seulement par c mais aussi par le nombre imaginaire i, pour que l’on puisse former une norme « pseudo-euclidienne » qui soit :

x^2  + y ^2 + z^2 + (ict) ^2 = x ^2  + y ^2 + z ^2  – (ct) ^2

L’image des « échasses » oublie simplement ce facteur i, et traite la quatrième dimension, temporelle, comme si elle était « comparable » aux trois autres, c’est à dire comme si nous étions dans un espace euclidien à 4 dimensions !

Le « salut spirituel » proposé par Proust, consistant à « retrouver » des sensations de passé au moyen de sensations du présent, est profondément « matérialiste »!

Il ne correspond en rien à ce que Brunschvicg savait dès 1900, dans « Introduction à la vie de l’esprit » , et qu’il décrit dans ces lignes merveilleuses (écrites bien plus tard, dans « Raison et religion ») opposant ce qui est d’ordre « vital » et ce qui est d’ordre « spirituel » :

« le propre de l’esprit est de s’apparaitre à lui même dans la certitude d’une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c’est la succession fatale de la génération et de la corruption. Voilà pourquoi les religions, établies sur le plan vital, ont beau condamner le manichéisme, il demeure à la base de leur représentation dogmatique… ce qui est constitutif de l’esprit est l’unité d’un progrès par l’accumulation unilinéaire de vérités toujours positives. L’alternative insoluble de l’optimisme et du pessimisme ne concernera jamais que le centre vital d’intérêt; nous pouvons être et à bon droit inquiets en ce qui nous concerne de notre rapport à l’esprit, mais non inquiets de l’esprit lui même que ne sauraient affecter les défaillances et les échecs, les repentirs et les régressions d’un individu, ou d’une race, ou d’une planète. Le problème est dans le passage , non d’aujourd’hui à demain, mais du présent temporel au présent éternel. Une philosophie de la conscience pure, telle que le traité de Spinoza « De intellectus emendatione » , en a dégagé la méthode, n’a rien à espérer de la vie, à craindre de la mort. L’angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d’évidence qu’apporte avec elle l’intelligence de l’idée, est sur un autre plan »

Cette conception brunschvicgienne du « redressement spirituel » et du « présent éternel » a tout à voir avec l’accès au « monde spirituel » de Rudolf Steiner, et absolument rien avec le matérialisme proustien, qui en reste à l’ordre du vital et de la « sensation » !

la sensation…fuit, par définition, et définitivement : comme le savent tous les « libertins » de la terre, le souvenir d’une nuit avec cette si belle femme il y a 30 ans n’apporte  …. aucun bonheur, rien que brûlantes frustrations…

et comme le savent tous les ivrognes de la terre, la bouteille de vodka est toujours vide, au petit matin !

et elle ne se remplit pas de nouveau par un acte du Saint Esprit !

Le « voyage dans le temps »  obsède tant de nos contemporains depuis H G Wells, pour des raisons inavouables : se donner une seconde chance de rebattre les cartes après avoir raté sa vocation spirituelle et en être resté justement au niveau des « sensations »…seulement si l’on « retournait dans le passé » sans changer réellement, la vie « nouvelle » que l’on aurait serait en somme la « même » que la première !

un tel « retour dans le passé » est , on le sait, proscrit par les équations de la relativité autant que par le bon sens… oui je sais il y a les solutions aux équations de la RG d’Einstein trouvées par Kurt  Gödel en 1947 qui semblent déboucher sur une CTC (« closed timelike curve ») seulement leur réalisation font appel à une roue génate qui devrait tourner à « au moins la moitié de la vitesse de la lumière » !

http://en.wikipedia.org/wiki/Closed_timelike_curve

si vous arrivez à construire un tel dispositif, et surtout à faire tenir dessus un « voyageur temporel », faites moi signe !

et surtout dites lui de bien attacher sa ceinture et de ne pas trop manger le matin du grand départ !

au voyageur temporel , pas à Proust !

non, le véritable « voyage temporel », il est celui réalisé par Steiner et lui permettant de « voir dans la chronique de l’Akasha », c’est  à dire sur le « mur des siècles » qui est aussi apparu à Victor Hugo !

J’adore les madeleines, les sonates, et les jeunes filles en fleur : mais j’ai d’autres projets dans la vie que le broute-minou permanent au bord de la plage, comme nous le donne à voir Nina Companeez !