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anthroposophie et théories du complot : Terry Boardman

Les « théories du complot » (conspiracy theories) qui connaissent une « montée en puissance » de plus en plus visible, sont souvent critiquées, voire méprisées, et ce à juste titre, parce qu’elles s’abstiennent (et ce de par la nature même de leur objet, il faut le reconnaître) de toute discipline de « preuve », « démonstration », « validation » ou au moins « justification ».

La conséquence étant qu’elles disent à peu près tout et son contraire, et finalement ne disent souvent… rien du tout ! 

un simple « bruit blanc », comme disent les statisticiens…

leur essor remonte aux années 90 du siècle dernier, (voire à l’assassinat de JFK), et une expression vulgarisée particulièrement populaire en fut le feuilleton « X-files » , qui d’ailleurs offre un bon exemple de ce que je disais plus haut : ne rien dire du tout en suggérant à peu près tout.

Et pourtant !

comment expliquer, par le simple jeu des forces sociales et politiques,  historiques et « naturelles », l’apparition du nazisme, et ses incroyables succès, aussi bien économiques que militaires, jusqu’en 1942 ?

On se trouve là comme face à un mur , peut être le mur du temps de Jünger ?

Or il me semble que l’anthroposophie donne un cadre explicatif cohérent pour les théories du complot, et ce qu’elles recèlent de valable.

Ceci est très simple à comprendre selon la doctrine des cycles et des « époques » de cette « science de l’esprit »  et c’est ce qu’explique Terry Boardman, sur son blog qui est à lire et méditer :

http://threeman.org/?page_id=11

 Chaque époque de 2160 ans environ est consacrée au développement d’ un « membre » particulier de l’entité humaine : nous nous trouvons actuellement depuis le début du 15 ème siècle (depuis les années 1410 à peu près) à l’époque où est développée l’âme de conscience, qui est celle où la conscience morale libre et individuelle, indépendante des « normes » du groupe social ou ethnique, doit émerger; cette époque vient après celle, gréco-romaine, où c’est l’âme d’entendement, intellectuelle, qui a été développée.

Notons en passant que ce schéma évolutif correspond exactement à la fameuse citation de Brunschvicg qui m’a servi de « phare » sur mon blog précédent  pour éclairer tout le chemin du « progrès de la conscience » dans la philosophie occidentale (c’est à dire de la philosophie, qui est par essence occidentale, comme le disent à la fois Brunschvicg et Steiner) :

http://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/16/abdennour-bidar-comment-sortir-de-la-religion/

« Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n’est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.

Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire.”

ces lignes prodigieuses , et qui nous changent de Sartre, qui comme à peu près tous les philosophes de l’après guerre avait été l’élève de Brunschvicg et s’était construit CONTRE lui, sont extraites de « Raison et religion » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

comment ne pas voir en l’expansion infinie de l’intelligence la mission de développer l’âme d’entendement, et en le progrès moral visant à l’absolu désintéressement de l’amour, celle de développer l’âme de conscience, qui est notre BUT actuel, le SENS de notre existence, pour répondre ici aux « désorientateurs » post-modernes qui vont répétant, en citant Spinoza qu’ils n’ont pas compris, que l’existence ne peut avoir de sens ?

et particulièrement aux wittgensteiniens (généralement anglo-saxons) qui citent l’un des derniers aphorismes du Tractatus :

http://www.kfs.org/~jonathan/witt/t6521en.html

6.521
The solution of the problem of life is seen in the vanishing of this problem. (Is not this the reason why men to whom after long doubting the sense of life became clear, could not then say wherein this sense consisted?)
« verset » qui vient accompagné du 6.522, en français cela donne :
http://www.bazzocchi.net/wittgenstein/tractatus/fr/6_52.htm
6.521    La solution du problème de la vie, on la perçoit à la disparition de ce problème.(N’est-ce pas la raison pour laquelle les hommes à qui le sens de la vie, après longues doutes, est devenu clair, ceux-là n’ont pu dire alors en quoi ce sens consistait?)6.522    Il y a assurément de l’indicible. Il se montre, c’est le mystique.
et qui dépendent dans l’arborescence du livre du 6.52 :
« Nous sentons que, quand même toutes les questions scientifiques possibles soient résolues, nos problèmes vitaux ne sont même pas encore touchés. Bien sûr, il ne reste plus alors aucune question ; et cela même est la réponse. »
seulement : est il vrai qu’il ne reste aucune question (après la résolution éventuelle de toutes les questions scientifiques ?)
Je n’ai pas pour habitude de fuir ou de « cacher la poussière sous le tapis » !
Il existe des contradictions évidentes entre ce blog actuel, qui est le dernier (au sens de plus récent) et les précédents, par exemple  :
http://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/
http://mathesis.blogg.org/
http://sedenion.blogg.org/
http://principiatoposophica.blogg.org/
http://messianisme.blogg.org/
http://mathesisuniversalis.blogg.org/
http://mathesisuniversalis.multiply.com/
http://leserpentvert.wordpress.com/
http://conversionspirituelle.wordpress.com/
http://apodictiquemessianique.wordpress.com/
pour ne citer que les principaux….
quant au blog « Recherche de la vérité » il a été détruit par mes soins, parce qu’il fourmillait d’approximations et de contradictions !
Contrairement aux apparences je suis quelqu’un de sérieux, c’est à dire d’inquiétant (pour les contemporains, qu’ils soient bobos ou cailleras, ce qui revient au même) .
Et ce que j’ai dit ici pour « justifier » mon « paradigm-shift » est à prendre au sérieux :
http://horreurislamique.wordpress.com/2012/06/22/redevenons-un-peu-serieux-nouvelle-et-definitive-preuve-de-limposture-islamique/
L’ époque de l’âme de conscience, où l’homme doit devenir autonome moralement c’est à dire libre , est forcément l’époque où l’homme rencontre le Mal , qui prend la forme, selon l’anthroposophie, de la triple agression de Lucifer, Ahriman, et Sorat.
On ne peut devenir libre qu’en faisant des erreurs (intellect), en commettant des fautes (conscience morale) et en les corrigeant : mais pour cela il faut d’abord les voir clairement !
Je ne dirais pas qu’il y ait « contradiction » entre le blog précédent, analysant le devenir de la philosophie selon la pensée de Brunschvicg, qui en marque à mon avis le point culminant (avant le déclin post-moderne, mais il faudra y revenir) et celui ci qui tente de dépasser la philosophie vers l’anthroposophie .
Pourquoi cette tentative de dépassement ? est elle nécessaire ?
la réponse réside peut être dans un de mes anciens articles :
http://www.blogg.org/blog-30140-page-la_triple_impasse_du_platonisme-763.html
où, déjà à propos de quelques lignes de Brunschvicg :
« Mais voici, au-dessous du plan idéaliste, une question qui, tout étrangère qu’elle est à la pure philosophie, va s’imposer au patriotisme de Platon, pour infléchir la courbe de sa carrière et de sa pensée. La sagesse du philosophe qui s’est retiré du monde pour vivre dans l’imitation de Dieu a, comme contre-partie inévitable, la maladresse et la gaucherie qui le mettent hors d’état de s’appliquer aux affaires de la vie pratique, qui font de lui, comme jadis de Thalès, la risée d’une servante thrace. (Théétète, 174 a.) Est-il légitime de se résigner à cette séparation de la vertu philosophique et de la réalité sociale, qui s’est traduite, dans l’histoire d’Athènes, par des événements tels que la condamnation de Socrate ? N’est-ce point manquer à l’intérêt de l’humanité que de l’abandonner aux opinions absurdes et aux passions désordonnées de la multitude ? et la misanthropie n’est-elle point, en définitive, un péché contre l’esprit, au même titre que la misologie ? »
je constate ce que j’appelle l’aporie fondamentale de la condition humaine :
« comment se fait il que l’intelligence de la science moderne, qui quoiqu’on en dise est accessible, en Occident tout au moins, à tous ceux qui veulent bien faire l’effort d’y accéder (ce qui certes représente un effort considérable), que cette intelligence donc ait produit autant de bêtise et de « passions tristes » ?C’est ici à mon sens que doit se situer la nécessaire et difficile prise de conscience de l’aporie de la condition humaine, de toute condition humaine qui est, puisque l’homme est un être social, celle de toute vie en société : l’inadéquation de la politique de masse et de la philosophie rationnelle »
 la résolution de l’aporie se situe, je le vois aujourd’hui, dans le passage de la philosophie (qui atteint son sommet chez Brunschvicg) à l’anthroposophie, de la « réflexion » de la science de la nature à la « réflexion de la réflexion », c’est à dire la science de l’esprit, qui est aussi la Wissenschaftslehre de Fichte.
mais il faut bien sûr pour l’admettre admettre aussi deux points que refuserait absolument Brunschvicg :
– il n’y a pas de différence entre le Dieu des philosophes et celui des chrétiens
– la ligne de partage des temps n’est pas Descartes, comme je le soutenais ici :
http://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/
mais le mystère du Golgotha, comme le dit le christianisme et sa forme scientifique l’anthroposophie.
Cela dit la philosophie cartésienne (et donc celle qui vient après Descartes) et la science moderne n’auraient pas pu voir le jour sans le christianisme !
cela, c’est Rudolf Steiner qui le dit, mais aussi un philosophe athée comme Alexandre kojève !
 
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La rencontre de Faust avec le Mal

Faust est le représentant de l’humanité moderne; Hans Castorp de « La montagne magique » aussi, d’ailleurs il existe de profondes proximités entre les deux oeuvres, ou plutôt les deux « mythes », car ce sont, comme le dit Thomas Mann au début de son oeuvre, des récits hermétiques. Dans tous les sens de ce terme.
 
Oswald Spengler, dans le « Déclin de l’Occident », qualifie d’ailleurs de « faustienne » l’humanité occidentale.

Que voulons nous dire par humanité occidentale ? l’humanité européenne ? l’humanité de race blanche ?

non, mais l’humanité « moderne », celle qui se situe en héritage de l’évènement de la science moderne, l’évènement copernicien-galiléen-cartésien.

Là encore, l’anthroposophie apporte un éclairage nouveau : car la période « moderne » coïncide avec celle de l’âme de conscience, qui commence selon Steiner en 1413. Un penseur important de cette époque, prédécesseur de ceux qui fondent la science, est Nicolas de Cuse.

Voir ce lien à propos du Faust de Goethe, on y trouve des liens donnant le texte complet des deux versions :

http://en.wikipedia.org/wiki/Goethe’s_Faust

Le plus pratique, pour ceux qui lisent mal l’allemand comme moi, est celui ci qui donne le texte original à gauche, et plusieurs traductions en anglais à droite :

http://www.einam.com/faust/index.html

La meilleure est évidemment celle de Coleridge, qui joue auprès d’Owen Barfield le même rôle que Goethe auprès de Rudolf Steiner.

L’humanité moderne, ou faustienne, celle de l’époque où doit être développée l’âme de conscience, est aussi celle qui doit rencontrer le Mal : car l’âme de conscience correspond à la liberté, et seul un être libre peut être soumis à la tentation du Mal. Le sens ultime , « métaphysique » de la science, c’est cela : enlever tous les appuis à l’homme pour qu’il développe la liberté, l’autonomie de la conscience.

Tel est le sens de la tentation de Faust par Méphistophélès.

Otto Julius Hartmann a écrit des choses belles et profondes sur cette histoire de Faust, qui commence la nuit, « dans une chambre gothique, étroite, à haute voûte« , : le cabinet de travail de Faust. Il s’agit d’un symbole de la « tête », de l »‘intellect coupé des autres parties de l’entité humaine : système rythmique (coeur) et abdominal. Il s’agit d’ailleurs de plus qu’une allégorie, ou de plus qu’une symbolisation : dans les termes de l’anthroposophie, il s’agit d’une véritable Imagination, d’une réalité spirituelle, vivante, qui doit être développée au moyen de la méditation.

Une Imagination de la cavité crânienne et cérébrale, à laquelle l’expérience de l’homme moderne est enchaînée.

 Les termes de la traduction de Coleridge rendent admirablementcette sécheresse, cette étroitesse, ce morne désespoir qui est l’atmosphère du cabinet de travail, c’est à dire de l’intelelct abstrait coupé des mondes spirituels supérieurs :

« Alas!
Still am I rooted, chain’d to this damp dungeon,
Where thro’ the painted glass ev’n heav’n’s free light
Comes marr’d and sullied, narrow’d by dark heaps
Of mould’ring volumes, where the blind worm revels—
Of smoke-stain’d papers, pil’d ev’n to the roof—
Glasses and boxes—instruments of science—
And all the old hereditary lumber
Which crowds this cheerless chamber. This is then
Thy world, O Faustus! this is called a world!
And dost thou ask, why thus tumultuously
Thy heart is throbbing in thy bosom why
Some nameless feeling tortures ev’ry nerve,
And shakes thy soul within ? Thou hast abjur’d
The fair fond face of nature, ever beaming
With smiles on man, for squalid loathsomeness,
Dank vapours, and the mould’ring skeletons
Of men and brutes: away! away! »

le dernier cri « away ! away!  » traduit le besoin de « fuir » ce climat oppressant, insupportable à Faust (mais non à son « famulus », Wagner, qui est l’homme limité à son intelelct abstrait calculateur, l’homme technicien en somme, qui lui se trouve très bien dans ce cachot). Et cette « fuite » porte Faust à se tourner vers la magie….

Tel est le destin de l’homme moderne, tant qu’il n’a pas développé en lui même les « organes spirituels » qui lui permettront de bâtir le « pont » (autre imagination goethéenne, présente dans le conte du Serpent Vert) vers le monde spirituel, mais sans l’aide de la magie ancienne, en gardant les acquis des Lumières et l’autonomie de la conscience claire et éveillée.

Une description de ce même destin a été donnée par l’existentialisme sartrien ou heidegerrien (tout au moins dans la première période de Heidegger).

Heidegger ignore le Moi absolu de Fichte ou l’Esprit absolu de Hegel, tout comme la conscience morale de Kant : il représente l’homme seul avec lui même, « sans dieux », jeté dans un monde absurde et incompréhensible, le monde « objectif » de la science abstraite, celui aussi que dépeint Samuel Beckett dans « Comment c’est » .

Pas de Dieu, mais à l’arrière plan des « objets » scientifiques , ou des « ustensiles » du quotidien, s’ouvre la sphère (terrifiante) de l’Angoisse et du Néant.

Un « Rien » (Nichts) dont se sont beaucoup moqués les positivistes logiques comme Rudolf Carnap, parce qu’ils ne comprenaient pas qu’il s’agit d’une réalité bien plus réelle que leurs objets idéaux et abstraits (qui ne sont que des entités logico-mathématiques).

Cette « réalité » du Néant heideggerrien, c’est celle de la Puissance adverse, un être bien réel, que va « rencontrer » Faust  : le Méphistophélès de Goethe, ou encore Ahriman de l’anthroposophie de Steiner